Du cancer au bout du monde à vélo : le parcours d'Alexandra Husta
Autrice, réalisatrice et conférencière bretonne, Alexandra Husta a transformé l'une des épreuves les plus difficiles de sa vie en tremplin vers une liberté totale. Son histoire prouve qu'on peut se réinventer à tout âge et que les plus beaux projets naissent souvent là où on ne les attendait pas.
- 8 500 km jusqu'à la mer Noire
- 10 000 km jusqu'en Laponie
- 39 ans, entrepreneuse solo
Un rêve né pendant la chimio
À 31 ans, Alexandra Husta reçoit un diagnostic de cancer du sein. Sa vie s'arrête. Puis, pendant ses chimiothérapies, elle rencontre un homme qui lui fait découvrir le voyage à vélo. Il lui promet qu'un jour, ensemble, ils partiront jusqu'en Roumanie. Elle achète son premier vélo. S'entraîne. Rêve.
L'histoire d'amour ne dure pas. Le voyage n'a pas lieu comme prévu. Mais le rêve, lui, ne disparaît pas.
« J'ai décidé de partir seule. Si personne ne vient avec moi, j'y vais quand même. »
En 2021, elle enfourche son vélo, baptisé « Jeannette » en hommage à sa grand-mère Jeannine et pédale jusqu'à la mer Noire. 8 500 kilomètres en solitaire. L'année suivante, elle repart pour 10 000 kilomètres jusqu'en Laponie finlandaise, avant de redescendre vers la Toscane. Ces deux périples ont profondément changé sa vie : elle s'y est reconstruite, a retrouvé confiance en elle, et a découvert une liberté qu'elle n'aurait jamais imaginée.
Entrepreneuse par accident, pas par vocation
Devenir cheffe d'entreprise ? Ce n'était absolument pas dans le plan. L'activité d'Alexandra est née presque par hasard, d'une envie simple : partager ce qu'elle avait vécu et encourager les autres à croire en leurs projets. Aujourd'hui, elle écrit des récits de voyage, réalise des films documentaires et anime des conférences dans les médiathèques, les EHPAD, les associations et les entreprises.
Derrière cette reconversion, il y a deux femmes qui ont tracé la voie sans le savoir. Sa grand-mère Jeannine d'abord, commerçante ancrée dans son territoire, dont l'héritage a permis d'acheter le premier vélo. Sa mère ensuite, commerciale chez Bayard Presse, qui l'emmenait petite sur les salons du livre. « Finalement, mon métier ressemble beaucoup au sien : je rencontre du public, je présente mes ouvrages, je partage des histoires. » Il existe parfois un fil invisible entre les générations.
La logique du vélo appliquée à l'entrepreneuriat
Se lancer seule, c'est apprendre à tout faire : comptabilité, prospection, communication, organisation, création de contenu. C'est essuyer des refus, envoyer des centaines de mails, traverser des périodes de doute intense.
« Un refus n'est pas un échec. C'est souvent une graine qu'on plante. Quand on a 10 000 km devant soi, on n'avance pas en regardant la distance restante, on avance coup de pédale après coup de pédale. »
Pour ne pas rester seule face à ces défis, Alexandra a su s'entourer : accompagnement par la CCI, suivi entrepreneurial sur deux ans, et intégration dans des réseaux comme Femmes de Bretagne. Son conseil à toute femme qui veut se lancer ? Ne pas rester seule. L'entrepreneuriat peut être solitaire et il est rassurant de pouvoir échanger avec des femmes qui traversent les mêmes doutes, les mêmes questionnements, les mêmes difficultés.
Les meilleures opportunités naissent dans les endroits improbables
Aujourd'hui, une grande partie de l'activité d'Alexandra repose sur le bouche-à-oreille et les rencontres inattendues. Plusieurs de ses conférences ont été décrochées dans un train, un covoiturage ou une file d'attente. Elle part toujours avec des cartes de visite, on ne sait jamais où aura lieu la prochaine rencontre décisive. Sa visibilité s'est aussi construite par les médias : presse, radio, podcasts, reportages, et plus récemment une interview pour le Magazine de la Santé.
« Mon parcours entrepreneurial ressemble à mes voyages à vélo : on prépare un itinéraire, mais les plus belles découvertes arrivent là où on ne les attendait pas. »
Et si c'était à refaire ?
Supprimer le cancer, oui, bien sûr. Mais changer le reste ? Non. Car sans cette épreuve, Alexandra ne serait probablement jamais montée sur un vélo, n'aurait pas écrit de livres, ne serait pas devenue entrepreneuse. Les étapes les plus douloureuses font partie du chemin et ce chemin l'a conduite jusqu'ici.
Une histoire qui rappelle que la résilience n'est pas un concept abstrait. C'est une femme qui part seule, avec son vélo, ses cartes de visite et l'héritage de sa grand-mère et qui avance, coup de pédale après coup de pédale.
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