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Rachel Denis-Lucas, ange gardien des entrepreneurs

Entrée au conseil d’administration de Femmes de Bretagne en juillet 2023, Rachel Denis-Lucas dirige également la société de conseil Aëlmat. Engagée au service des entrepreneurs, elle souhaite participer à faire de Femmes de Bretagne « un centre de ressources et de ressourcement ». 

Rachel Denis Lucas est de ces Bretonnes qui partent un jour à la conquête du monde pour finalement revenir au pays avec la conviction que l’on trouve le véritable épanouissement sur son territoire. Et avec ce sentiment d’être à sa place vient souvent l’envie irrépressible d’y faire bouger les lignes. Née à Rennes, Rachel Denis-Lucas, 53 ans, a d’abord suivi une prépa HEC avant d’intégrer une école de commerce à Lyon. « Pour décrocher mon premier job, j’avais envie d’une PME. J’ai postulé pour devenir responsable d’un centre de profit pour une entreprise bourguignonne détenue par la même famille depuis cinq générations, et qui fabriquait des plats en terre », raconte-t-elle. A seulement 23 ans, elle était dans son élément, boostée par le travail en équipe pour « gagner des victoires ». 

Du Japon aux Etats-Unis

A la tête de salariés plus âgés, elle a touché à tous les métiers pour obtenir sa légitimité. La société avait une filiale au Japon qui vivotait. Rachel Denis-Lucas décide d’apprendre le japonais pour s’y expatrier et s’en occuper. Puis, on lui propose la direction commerciale d’Emile Henry aux Etats-Unis. Pendant trois ans, elle gère les grands comptes et anime une équipe de vingt commerciaux. « J’étais bien à San Francisco, l’expérience était géniale. Mais la Bretagne me manquait, confie-t-elle. Nous avons une identité forte et quel que soit l’endroit où j’allais, je retrouvais toujours des Bretons. Mais il y a une chose que je n’avais pas saisie tout de suite : les paysages, l’iode, les Bretons me manquaient ! »

Retour au bâtiment

Rachel Denis-Lucas émet alors le souhait de rentrer en France pour travailler avec son père, qui dirige Denis Matériaux, fabricant et distributeur de matériaux de construction. « Il était réticent car lui, qui avait été autodidacte, voyait mon retour comme un retour en arrière. J’avais fait des études et j’avais de la chance d’avoir le poste que j’occupais. Et surtout, il ne voyait pas ce que je pouvais faire dans le bâtiment ! En fait, il avait peur que je sois déçue. Mais je suis revenue quand même, en 2000, et cela m’a plu ! » Avec son caractère de Bretonne, Rachel Denis-Lucas parvient à imposer ses choix. Elle arrive aussi avec son sens du commerce et une sacrée expérience du management. L’idée d’intégrer l’entreprise familiale, avec en ligne de mire la transmission, avait également germée en parallèle chez son frère, Renan Denis. Trader à Londres, il rentre alors en même temps que sa sœur. A deux, ils structurent l’entreprise et la font évoluer. « J’ai notamment pris en main le système d’information, ce qui nous a donné les moyens d’avoir des outils fiables pour prendre les décisions. J’ai travaillé sur la partie RH, sur la sécurité, puis remplacé le directeur commercial avant de remplacer mon père au négoce en 2009 », détaille Rachel Denis-Lucas.

Un engagement pour faire partager son expérience

Elle navigue alors dans un milieu on ne peut plus masculin. « Avant de revenir travailler dans le bâtiment, je ne me rendais pas compte à quel point être une femme c’est être différente. Ce sont des chances et ce sont des problèmes. Avant, j’étais Rachel, j’étais une professionnelle. C’est dans le bâtiment qu’on m’a fait me poser la question de la place de la femme, quand je me suis sentie décalée dans le langage et les codes autour de moi. Est-ce que je dois alors adopter un comportement masculin ? Où est-ce que je mets le curseur ? À mon sens, il ne faut pas se transformer, mais il y a une adaptation à avoir, à conscientiser. J’ai mis vingt ans à le comprendre, à me dire « les hommes pensent comme cela ». » 

De cette expérience, Rachel Denis-Lucas veut faire profiter les autres femmes. Elle décide alors de donner de son temps, considérant avoir atteint un palier dans le développement de l’entreprise familiale. En 2021, elle quitte l’opérationnel chez Denis Matériaux, restant actionnaire et administrateur. Un rôle qu’elle exerce également au sein d’autres entreprises, en tant qu’administrateur indépendant. « C’est assumé et cela me laisse du temps », affirme-t-elle. Elle entre alors au bureau de la CCI d’Ille-et-Vilaine, avant d’être élue présidente de la délégation de Redon en 2022 pour apporter son aide aux entreprises de son territoire. En parallèle, elle fonde son cabinet de conseil, Aëlmat (« ange gardien en breton »), dédié à l’accompagnement du dirigeant en matière de gouvernance de stratégie et de RSE. « Des sujets qui me concernent ! Je suis une fille de la campagne, je suis sensible aux autres, au bien-être et à la nature. Je veux être fière de moi pour autre chose : pour agir pour le climat. » Et parce qu’elle s’intéresse aux métiers de la construction, elle a commencé par sensibiliser les entreprises de matériaux à la RSE, comme elle a pu le faire chez Denis Matériaux.

Début 2023, Rachel Denis-Lucas rejoint également Femmes de Bretagne. « Cela résonne en moi, parce que je suis une femme, parce que je suis bretonne, et parce que je suis entrepreneure, résume-t-elle. L’entrepreneuriat, quand on débute, ce n’est pas une question de sexe, mais c’est une aventure, une prise de risque. J’avais réussi et je voulais aider les autres. » Désormais membre du conseil d’administration, elle veut participer à écrire la feuille de route du réseau, pour en faire « un centre de ressources et de ressourcement. Femmes de Bretagne apporte des compétences, du réseau, un annuaire. Les bases pour entreprendre, cela s’apprend. Et puis le ressourcement, c’est se réunir pour briser la solitude, échanger et repartir boostée. Nous sommes 1600, et je crois que bientôt on sera 5000 ! »