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Sylvaine Le Meur surfe de la biotech au spiritueux artisanal avec Ty Jaune

« Lorsque j’étais petite, ma grand-mère m’a offert une loupe. Je passais mon temps à observer par terre les feuilles, les fourmis… ».  Sylvaine Le Meur est une chercheuse avant d’être entrepreneuse. Un profil double, complémentaire et combiné à une forte personnalité. Elle n’aurait pas imaginé créer son entreprise artisanale de spiritueux lorsqu’elle a soutenu sa thèse de doctorat en 2015 à la prestigieuse école Polytechnique de Zurich (ETHZ).  Elle a pourtant créé le pastis Ty Jaune en 2019, dans le Finistère, grâce à son expertise en biotechnologie, microbiologie et bioprocédés !

Un an au labo dans le garage

L’idée d’un pastis breton est née lors d’un apéritif familial lorsque son père Jean-Charles l’a mise au défi de créer la recette : « Tu dois bien être capable de faire ça toi ! ». Elle le prend au mot et s’y met : « Je pensais qu’on trouvait facilement la composition du pastis sur internet, mais en fait pas du tout, c’est secret et complexe ». La difficulté ne la rebute pas au contraire ! Elle s’enferme dans son garage à Saint-Renan (29), le transforme en laboratoire avec l’aide de son mari. Il lui a fallu un an pour mettre au point cet élixir riche de 45 plantes et épices différents ! Avec des sucres marins pour un indice glycémique bas. « J’avais créé trois formules que j’ai fait tester à 40 amateurs de pastis. Tous ont plébiscité la recette B, c’était parti ! ». Elle est aussi douée d’humour, tel le slogan de Ty Jaune : « En Bretagne cela fait longtemps que la flotte et le jaune vont bien ensemble ».

 « J’avais ajouté le mot industrie au nom de la société pour que les fournisseurs veuillent bien me répondre », évoque-t-elle avec malice, elle qui revendique justement une identité artisanale et locale.

Ty Jaune est né ainsi : dans la convivialité et grâce à la trempe de sa créatrice. Il est aussi le fruit de la mouvance « consommer local ». « Aucun intérêt d’aller vendre mon pastis à Marseille, on reste dans le grand ouest », indique-t-elle. Ty Jaune est fabriqué à Ploudaniel, les bureaux sont à Saint-Renan, l’entreprise emploie désormais sept salariés.

Même l’épreuve de la Covid et du confinement ne l’a pas découragée ! Ce contexte exceptionnel a toutefois freiné la commercialisation de Ty Jaune au printemps puis automne 2020. Vie sociale réduite, cafés et restaurants fermés, rassemblements de personnes interdits : « Pour lancer un spiritueux c’est pas top ! ». Elle avait heureusement croisé une bonne fée sur sa route : un dirigeant de la Scarmor engagé à référencer le produit (chez Leclerc), la Scarouest a ensuite suivi.

A présent – en l’espace de deux ans et demi- le produit est commercialisé dans plus de 500 points de vente du grand ouest  (presque toutes les enseignes de GMS).

Multicartes et tenace

Avec ce spiritueux artisanal, l’entreprise veut s’inscrire autant que possible dans une économie circulaire. Sylvaine Le Meur a grandi entre la mer et la forêt sur la côte du Granit rose. Une enfance proche de la nature et des réalités rurales, avec une éducation qui valorise le travail et le sens de l’effort.  Ses longues études l’ont rendue très tenace, ses débuts professionnels aussi : « Finalement, j’ai compris que je pouvais moi-même commercialiser le résultat de mes recherches et ne pas me faire exploiter ! ».

Elle a plusieurs cartes en main, dont un diplôme de management en agroalimentaire qui lui assure le profil d’une cheffe d’entreprise. Elle défend un management collaboratif qu’elle a hérité de ses études. « On avance lorsqu’on apprend des autres. J’ai entièrement formé mon responsable de production, cela permet aussi de bien se comprendre »

Sous une chevelure blonde flamboyante,  son regard est profond et déterminé, son sourire est généreux. Le style de femme pétillante, naturelle, spontanée et à la fois réfléchie. A 38 ans, elle est aussi une maman investie dans l’éducation de deux jeunes enfants (4 et 9 ans) et la femme d’un entrepreneur. Le couple a peu de temps pour souffler entre la vie de famille et les deux entreprises. Lorsqu’elle peut se ressourcer, elle fait une plongée sous-marine ou tout simplement une balade au bord de la mer. Au plus proche de la nature et du vivant !

Marguerite Castel / Mention Photo : S.Garrec.

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