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Jeudi, Décembre 28, 2017

Virginie Serrière, praticienne narrative à Brest (29) : "Les mots témoignent de la pensée, la façonnent. Et la pensée agit sur le corps."

Virginie Serrière fait partie des personnes qui croient, comme moi, au pouvoir des mots. Un mot peut donner confiance, le sourire et changer la vision du monde. En tant que praticienne narrative sur Brest, elle travaille auprès d'un public diversifié pour accompagner avec les mots.

La thérapie narrative et l'hypnose sont ses deux outils de prédilection pour aider l'autre. Toutefois, Virginie Serrière détient plus d'une corde son arc, avec les cours d'italien, la formation professionnelle et son fameux outil qu'est l'arbre de vie, partagé au cours d'un atelier FDB. Rencontre avec une femme de Bretagne engagée.

 

 



 

Quel est ton parcours professionnel ?

Les mots sont rentrés très tôt dans ma vie. Sans frapper. Comme une urgence. Sur le papier, d'abord. Depuis, ils accompagnent et nourrissent mon parcours professionnel. Diplômée en lettres puis en littérature et langue étrangère (italien), j'ai enseigné dans l'éducation nationale, puis en tant que formatrice, pendant une quinzaine d'années, tant la littérature et l'écriture que la langue et la littérature italiennes. Très vite, j'ai agrémenté les « programmes officiels » d'écriture de théâtre, d'ateliers d'écriture créative avec le désir de partager mon plaisir des mots et pourquoi pas de le faire naître chez d'autres. J'en garde de très beaux moments. Et de jolies rencontres.

Puis le cours de la vie et différents événements m'ont fait rencontrer un jour la pratique narrative. Un tournant. De ceux qui changent une vie. Une première formation Canadienne. Puis une seconde, Parisienne.  Et la pratique devint thérapie narrative. Un autre tournant. Plus intime. Plus puissant. D'autres formations. Nantaises. Des rencontres avec des professionnels formidables, avec un regard sur l'accompagnement et le soin qui révolutionne. Depuis, j'ai ouvert mon atelier où je propose des consultations individuelles et des moments d'écriture. Je me déplace également en institutions, en structures...


Aujourd'hui, tu exerces la thérapie narrative, car l'écriture est un vecteur puissant d'émotion et de lâcher-prise. Quel accompagnement proposes-tu à une personne qui souhaite débuter une thérapie narrative ?

En France, la thérapie narrative appartient à ce qu'on appelle les thérapies brèves. Elle est née en Australie, issue du fabuleux parcours d'un travailleur social, thérapeute familial, Mickaël White.

La thérapie narrative c'est la thérapie du problème avec lequel la ou les personnes arrivent. La personne c'est la personne. Le problème c'est le problème. Pour être plus claire, nos vies sont une suite de récits. Les histoires que nous racontons et les histoires que nous nous racontons façonnent nos vies, leur donnent un sens. Et, il arrive que certaines histoires nous enferment, nous emprisonnent et nous fassent même oublier les autres, celles qui nous font sentir vivants. Par exemple, une histoire de dépression, une histoire d'échec scolaire, d'angoisse, de maladie , de « je peux pas m'empêcher de manger, de boire... » ou encore de « comment mener à bien ce projet ? » sont des histoires de problèmes. La narrative s'adresse à tous. Enfants, ados, adultes, équipes, familles ou même communautés.

En thérapie narrative, on va nommer le problème, le raconter, en faire le portrait, en voir les effets, comprendre comment il agit sur notre vie et surtout faire vivre les infimes moments où ils n'a pas de pouvoir pour les tisser, les nourrir, dissoudre le problème et construire une autre histoire, satisfaisante, qui nous remet en mouvement et en relation aux autres.

Les séances se déroulent sous formes de conversations narratives, mais j'utilise aussi d'autres médiateurs comme l'hypnose, l'écriture, l'arbre de vie, les perles de vie ou encore avec les enfants, le dessin, les legos, les peluches... Toutes les ressources imaginatives et créatives dont nous disposons ! Et plus largement, toutes les ressources dont dispose une personne.


 

"La thérapie narrative c'est la thérapie du problème avec lequel la ou les personnes arrivent. La personne c'est la personne. Le problème c'est le problème. Pour être plus claire, nos vies sont une suite de récits. Les histoires que nous racontons et les histoires que nous nous racontons façonnent nos vies, leur donnent un sens. Et, il arrive que certaines histoires nous enferment, nous emprisonnent et nous fassent même oublier les autres, celles qui nous font sentir vivants. Par exemple, une histoire de dépression, une histoire d'échec scolaire, d'angoisse, de maladie , de « je peux pas m'empêcher de manger, de boire... » ou encore de « comment mener à bien ce projet ? » sont des histoires de problèmes. La narrative s'adresse à tous. Enfants, ados, adultes, équipes, familles ou même communautés."



L'hypose est le second axe principal de ton activité professionnelle. De plus en plus de personnes passent le cap de l'hypnose pour résoudre des troubles émotionnels ou physiques. Est-il un outil complémentaire à la thérapie narrative ?

À ta question me vient la voix d'un de mes formateurs qui dirait : l'hypnose n'est pas un outil complémentaire à la thérapie narrative, elle est inhérente, indispensable à cette approche thérapeutique, elle a sa part entière ! Il semblait donc essentiel de me former à l'hypnose Ericksonienne. Ce que j'ai fait.

Les mots sont un des vecteurs de ce qui se passe non seulement dans notre mental mais aussi et surtout dans notre corps, au travers des émotions, des images, des sensations qui témoignent de nos valeurs, de nos rêves, bref de ce qui est vivant en nous. Les mots témoignent de la pensée, la façonnent. Et la pensée agit sur le corps.

En narrative, l’hypnose accompagne et permet certains processus de changements et de réassociation. Parce que tout changement passe par le corps, cette expérience réparatrice permet d'accéder à ses ressources par un état de détente profond, invite à accueillir ses ressentis, à aller là où on va se sentir bien. Librement. Respectueusement. Ainsi, cela lève les blocages et ouvre le chemin de l'action. Pratiquer l'hynose en thérapie c'est aussi aimer les histoires, être créatif, imaginatif, surprenant, faire des mots les clés de la porte de l'insconcient.


 



Un atelier Arbre de vie et confiance en soi a été proposé dans le cadre de Femmes de Bretagne en novembre 2017. Riche en émotions, les femmes se sont livrées sans concession ou avec pudeur. Quel a été ton ressenti au cours de l'atelier, qui a été un beau moment de partage ?

L'arbre de vie offre souvent un moment fort en émotions et en compréhension de soi. J'ai beaucoup apprécié cet atelier qui a suscité des rencontres, des échanges et un autre regard sur soi mais aussi sur l'autre. J'ai aimé croiser le chemin des femmes qui étaient présentes et qui, je crois, ont beaucoup à dire. La parole se libère et avec elle le partage des histoires et les envies d'aller de l'avant, avec pudeur et bonne humeur. Chaque atelier est un nouvel apprentissage pour moi aussi. Celui-ci m'a appris, comme tu l'écris, le savant mélange de « la pudeur » et  de « l'absence de concession ».


Pour avoir testé cette métaphore de l'arbre, j'ai trouvé cela authentique et bouleversant, en tant que vrai travail d'introspection. D'ailleurs, peux-tu expliquer la technique de l'arbre de vie ?

C'est une démarche empruntée à la pratique narrative. Elle a le mérite d'être simple et efficace. La symbolique de l'arbre est universelle. Elle raconte les origines, ce qui fait l'unicité d'un individu et ce vers quoi il s'élève.

Concrètement, il s'agit de dessiner un arbre d'été (des racines aux fruits mais ce n'est pas l'entrée aux Beaux Arts ! ) et à chaque étape de la réalisation de l'arbre on vient déposer les mots les plus importants. J'accompagne chaque étape. Ensuite, on affiche l'arbre, on le regarde et je demande à la personne de me raconter l'histoire des mots déposés sur son arbre, par le biais d'une conversation narrative. C'est une façon de revisiter son histoire et d'envisager sa vie.


 



Si l'écriture est une activité solitaire, tu proposes de la partager au cours d'ateliers d'écriture en collectif. Comment se déroule un atelier d'écriture ?

L'atelier d'écriture ouvre ses portes à un groupe de dix personnes maximum. On s'y rencontre, on écrit autour d'un jeu d'écriture et d'une tasse de thé, on lit les écrits et on partage ses impressions et ses conseils. C'est une parenthèse que l'on s'autorise avec l'écriture et qui vient laisser de côté, pour deux heures, le rythme du quotidien. Une pause avec soi-même et avec d'autres.

Les ateliers ouverts à tous (2 vendredis par mois) sont thématiques et créatifs. On y vient quand on peut, quand on en a envie, quand le thème séduit et même quand on n'a pas envie d'écrire ! Il existe différents ateliers d'écriture à Brest. Celui que je propose s'attache à permettre aux participants d'écrire non seulement avec leur mental mais aussi et surtout avec leurs expériences, leurs ressentis, leurs valeurs, leur imagination, leurs ressources... Il s'agit de créer, de permettre aux mots de devenir vivants et, pourquoi pas pour certains, de se lancer dans un projet d'écriture à plus long terme.  Enfin, il est important pour moi que ces ateliers se déroulent dans une ambiance conviviale, bienveillante et bien entendu ludique !

Je les instaure également en structures, en institutions, en partenariat avec d'autres professionnels (de la santé, du monde social, de l'éducation...). Ils peuvent être créatifs et thérapeutiques. Enfin, j'en anime également lors d'événements culturels (par exemple, chaque année avec les expos de l'abbaye de Daoulas).


Si tes prestations s'adressent aux particuliers, tes services se développent pour la formation des coachs, des professionnels de la santé et des psychologues. Pourquoi as-tu souhaité ouvrir ton activité à la formation ?

Parce que je suis formatrice au départ. Il me semble essentiel de transmettre, de partager, de collaborer. C'est une façon de proposer une approche différente de l'accompagnement, du soin mais aussi un autre regard sur ce que raconte une pathologie, une difficulté, un conflit, une douleur, des histoires de vie, une personne... C'est aussi une façon de m'enrichir, de continuer à apprendre et à tisser des liens. C'est une belle aventure humaine qui me porte.


 



L'italien est une très belle langue, que tu maîtrises parfaitement. Comment l'as-tu apprise ? Dans quel cadre ?

J'ai appris l'italien à 20 ans, en Italie, lorsque j'ai décidé d'aller découvrir ce pays pour savoir qui j'étais et ce que je voulais faire de ma vie. Et ce fut comme une évidence. L'impression de rentrer chez moi. Une sensation très troublante ! Ce pays, sa langue, sa culture, les gens m'ont permis de me sentir en vie, pleinement. Voilà pourquoi, après des études de lettres, j'ai mené des études de langue et littérature italienne. J'ai vécu plusieurs années dans ce pays, j'y retourne régulièrement pour me ressourcer et j'envisage d'y poser mes bagages dans quelques années.

Petit clin  d'oeil : j'ai appris bien plus tard que j'avais un arrière grand père Italien...


Ton engagement dans l'association Alliance pour le mieux être est entier, afin de promouvoir les thérapies complémentaires dans le Finistère. Quelles sont les actions prévues pour 2018 ?

Les projets fusent à l'Alliance ! Il est important pour nous d'apporter de l'information, d'échanger, de faire découvrir des pratiques, pour certaines, ancestrales. 2018 s'annonce avec l'ouverture de « cafés mieux-être » une fois par mois à Brest et à Landerneau. Trois conférences dans l'année ainsi que des ateliers qui seront à nouveau proposés. Enfin, nous avons un autre projet, nouveau et important mais je ne peux en dire plus, il va falloir patienter un peu !


Comment te contacter ?

Mon atelier est au 15, rue Traverse à Brest.
Sinon, il y a mon site où vous pouvez retrouver mes activités.
Je suis aussi joignable par téléphone au 
06.23.13.58.92.

Merci Aurélie !



 

Une interview menée par la Plume Aurélie Bégat,
rédactrice web (29)

Article rédigé par :
Aurélie Bégat. -