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Mercredi, Avril 5, 2017

Françoise Landa, toiletteuse chez "Styl' Canin" à Vannes (56) : "Allez-y ! Oui, au début j'ai eu peur... Mais oui, c'est possible : La preuve, je suis là ! "

Installée depuis 1990 entre la gare SNCF et le centre-ville de Vannes, Françoise Landa est une toiletteuse ayant sa propre vision sur le métier. Ce qui frappe dès qu'on entre dans son salon « Styl' Canin », c'est cette capacité inouïe à aimer autant les animaux que les personnes. Dôtée d'une humanité authentique, elle est aussi d'une humilité rare. Cette impression me sera confirmée par son équipe qui, de manière unanime et collégiale, me confiera discrètement « Françoise est à l'écoute des animaux et des humains, elle sait vous mettre à l'aise et reste sympa avec tout le monde. On peut lui faire confiance, on sent qu'elle aime ce qu'elle fait : on adore travailler avec elle ! ».
Ayant eu la chance de passer un après-midi en sa compagnie et le loisir d'observer comment cette fabuleuse professionnelle, maniant les ciseaux à la manière d' « Edward aux mains d'argent », sait rester attentive au bien-être et au respect absolu des chiens, je vais partager avec vous ce joli moment d'échange.


Pouvez-vous me raconter votre parcours ?

Originaire de Dinan en Bretagne, après avoir vécu dans l'Aisne, la vie m'a amené à revenir ici. Après avoir occupé différents emplois, j'ai choisi de me tourner vers le secteur animalier, en l'occurrence le toilettage canin.

À l'époque, j'ai suivi une formation de trois mois à Challans en Vendée ; dans une école qui est devenue le Centre de Formation Nantais de Toilettage.

 
 



Vous devenez chef d'entreprise aussitôt ?

Suite à une période de chômage, j'ai pensé à la création d'entreprise. Après la formation de quelques mois, l'achat de matériel d'occasion, un emprunt bancaire, j'ai ouvert « Styl 'canin » le 2 mai 1990. Personne ne croyait à la réussite de ce projet hormis mes proches... La Chambre des métiers, la banque, les divers conseillers rencontrés, se sont retranchés derrière des statistiques indiquant que mon salon allait être un échec assuré...


Pouvez-vous m'expliquer votre métier et votre conception de ce dernier ?

Oui, je pratique le toilettage dit comportemental, c'est un choix délibéré. Il consiste à amener le chien à vivre les diverses étapes du toilettage avec un minimum d'anxiété. Par exemple en lui proposant des friandises pour le faire accepter le démêlage. Ce toilettage est basé sur le respect du chien, sur son bien-être et sur la compréhension de son langage : il faut savoir comprendre et analyser les postures de l'animal pour adapter ses gestes et être rassurant.
En effet, il n'est pas normal et naturel pour un chien d'être toiletté : c'est une forme d'agression pour lui, mais je considère que mon métier peut être très utile. Les toiletteurs sont les seuls acteurs à voir le chien au cm2 près et dans son intégralité, ce qui nous permet de repérer en amont les soucis de santé éventuels.
Nous sommes le relais entre l'éleveur, le vétérinaire et le client ; par conséquent nous pouvons transmettre à chacun nos observations s'il y a lieu. L'aspect sanitaire reste donc important et le second intérêt est la mise en valeur et en beauté du chien, en fonction du standard de la race et de sa morphologie. On accompagne un chien tout au long de sa vie : du chiot au chien âgé.


Comment travaillez-vous avec ces chiens ?

Un chien est un terrien (il aime avoir ses quatre pattes au sol) ; mais pour lui couper les ongles, l'épiler, le tondre, je dois le « déranger », l'installer en hauteur sur une table : une situation anxiogène pour l'animal. Au départ, j'en voulais aux fabricants car les instruments font par exemple 
du bruit et effraient l'animal. Mais j'ai mis en place des astuces : je lui mets du coton dans les oreilles afin d'amoindrir le bruit de certains appareils, je le récompense, je lui parle et surtout je l'encourage. On apprend à comprendre l'animal pour s'adapter à lui et ensuite c'est gagné.


À quel rythme un chien est-il toiletté ? Combien de temps dure un toilettage et quel est son coût ?

L'idéal est de toiletter l'animal tous les deux mois. La fourchette de tarifs est large : pour un caniche, le toilettage coûte 38€, pour un york le prix est fixé à 33€, mais pour un bobtail c'est 110€ voire plus. Le coût va dépendre du temps passé, jusqu’à 4 heures 
parfois.

 
"Personne ne croyait à la réussite de ce projet hormis mes proches... La Chambre des métiers, la banque, les divers conseillers rencontrés, se sont retranchés derrière des statistiques indiquant que mon salon allait être un échec assuré..."


Qui sont vos clients ?

Cela va des personnes très aisées aux personnes sous tutelle, les profils sont très variés. Je trouve aussi très émouvant de voir souvent des gens qui n'ont pas beaucoup d'argent mais qui économisent pour le bien-être de leur chien. Il m'est arrivé de toiletter le chien de personnes sans-abris, dans ce cas je m'arrange afin que cela leur soit accessible.


Les chiens reviennent-ils ? Combien en recevez-vous par jour en moyenne ?

Oh oui, j'ai des habitués qui viennent chaque mois et une fois qu'ils sont venus, ils n'ont plus peur. D'ailleurs, ma meilleure publicité c'est eux ! Seule, je peux toiletter jusqu'à 8 chiens par jour.


Vous est-il arrivé d'avoir peur d'un animal ?

Oui et non. Par principe je n'attache que rarement les chiens car je refuse cette méthode. L'animal doit pouvoir sentir son environnement et rencontrer ses congénères. Si un chien veut mordre c'est qu'il a peur, donc je dois faire en sorte que cela n'arrive pas. C'est à moi de le rassurer et d'adapter mes gestes à son comportement, comme je vous l'ai dit il n'est pas naturel pour lui de venir. Parfois, mais très rarement, je dois mettre au chien une muselière ; mais là encore, je le fais pour un acte précis et rapide. Mon travail n'est pas de faire souffrir les animaux.


Vous travaillez en équipe a priori ?

Oui, j'aime bien accueillir des futurs professionnels, des personnes motivées, pour contribuer à les former. Après tout, c'est comme çà que j'ai pu commencer moi-même. J'accueille donc une apprentie, Ilona ; Laurène, elle, est en BTS technico-commercial auprès des animaux domestiques ; et Anaïs travaille à l'Esat de Brech, sauf les vendredis où elle toilette les chiens avec nous.
D'autre part, c'est bien d'être au moins deux, ne serait-ce que pour certains animaux très lourds.


Existe-t-il une reconnaissance officielle de ce métier ?

Non, hélas n'importe qui peut s'installer comme toiletteur. Mais aujourd'hui un jeune détenteur d'un CTM (Certificat Technique de Métier) aura davantage de chances de réussir dans ce secteur en ayant des compétences adaptées au métier.
Dans l'absolu, notre métier n'est pas reconnu, aucun diplôme n'est exigé, ni aucun critère d’ailleurs. Le turn-over reste énorme, beaucoup s'installent mais peu tiennent.


Quelles sont les conditions de travail ?

Je travaille debout, je porte les chiens pour les emmener sur la table, il faut donc une bonne condition physique, nous sommes sujets notamment aux tendinites. Ce métier m'a fait prendre conscience de mon corps.
Les gestes sont très techniques, très précis et rapides, car l'animal peut vite s'impatienter et il faut le rassurer en simultané : c'est primordial.





Vous exercez semble-t-il une seconde activité ?

Oui, je suis intervenante dans une Maison Familiale Rurale à Guilliers, une journée par semaine. J'interviens en direction de jeunes qui veulent obtenir un bac pro conduites et gestion d'élevage canin et félin ou un bac pro vendeur en animalerie. Dans ces deux filières, un cours pratique de toilettage leur est proposé en option.


Justement, y a-t-il un catalogue des coupes, des tontes ? Avez-vous d'autres missions ?

Eh oui, il y en a. Chaque race a son standard, sa coupe. Mais parfois je joue un rôle de conseil auprès du client et je propose une coupe entre le standard et ce qu'il souhaite, soit pour le confort de l'animal, soit parce que ce qui est demandé n'est pas adapté. Mais oui, les coupes évoluent.
Bien sûr, il est préférable de vendre un peu de produits comme des shampoings, mais pour ma part je le fais peu.


Que pensez-vous plus généralement de la loi récente qui dit que l'animal n'est pas un meuble mais un être vivant ? Et que dites-vous du regard que nous humains portons sur les animaux dans notre société ?

Je pense qu'il faudrait aller plus loin bien sûr. Notez qu'en Suisse, un permis est obligatoire pour détenir un animal.
Malgré tout, je crois que chaque être vivant doit être à sa juste place : j'aime les animaux mais j'aime aussi les humains, ce n'est et ce ne doit pas être incompatible. Je crois aussi au respect de la chaîne alimentaire essentielle pour notre survie à tous...


Que pensez-vous de votre parcours et quels conseils donneriez-vous aux femmes ?

Allez-y ! Oui, au début j'ai eu peur... Mais oui, c'est possible : La preuve, je suis là ! J'ai eu peur, surtout quand c'est devenu concret ; mais oui allez y. Cela dit je me perçois davantage comme artisane que comme chef d'entreprise.


Et le réseau Femmes de Bretagne, qu'en pensez-vous ?

C'est une excellente idée, surtout au début. Donc oui, il faut encourager ce réseau.


Question bonus : quel est votre meilleur souvenir et le pire ?

Le pire est d'apprendre le décès d'un chien que je toilette depuis longtemps et auquel je me suis attachée.
Le meilleur c'est le jour où un client m'a amené son chien très âgé dans les bras parce qu'il ne pouvait plus marcher : après mon intervention, il est reparti soulagé, en marchant tout seul, fièrement. Cela m'a bouleversée.



Styl' Canin
33 bis, avenue Saint Symphorien
56000 Vannes
02 97 47 47 64
Page Facebook
Site internet



Un entretien réalisé par la Plume Dominique Thiam
de « La boîte à méthodes » à Vannes (56)
Article rédigé par :
Dominique Thiam. -