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Mardi, Octobre 3, 2017

Delphine Roch-Louvion, créatrice de "Poupée de moi" à Plougastel-Daoulas (29) : "En sécurité dans un temps et un lieu donné, l’on s’accordera plus facilement une authenticité face à soi-même."

Delphine Roch-Louvion est une femme de Bretagne qui m'a touchée en plein cœur. Atypique, son travail utilise un support original : la poupée, d'où le nom de son activité Poupée de moi. Cet outil de développement personnel permet à chacun de communiquer avec son enfant intérieur et de faire sortir des émotions, à travers la personnalisation ou la confection d'une poupée. Delphine Roch-Louvion anime des séances individuelles ou de groupes, autour de la poupée, pour une meilleure connaissance de soi.

 


Quel est ton parcours professionnel ?

Mon parcours d’éducation est passé par les Sciences Humaines, même si j’apprécie ce que m’apportent les outils des sciences dures, qui m’intéressent beaucoup. En effet, au lycée, j’ai fait un passage dans l’enseignement technique (travail sur les machines outils, notamment), puis je suis retournée vers mes premières amours que sont les langues et les civilisations et je suis partie étudier l’Histoire des Arts et l’Archéologie, l’Ethnologie et l’Anthropologie, le Développement Culturel et enfin une partie d’un diplôme en Beaux Arts, que j’ai interrompu pour profiter de ma grossesse. Cependant, le processus créatif était lancé et il ne m’a plus quittée depuis !


Aujourd'hui, tu suis les cours d'une formation à distance et pour cause, cette dernière est dispensée aux Etats-Unis. Cette formation peu fréquente fait de toi une pionnière en France. Comment pourrais-tu expliquer ta discipline, sur les apports et les bienfaits d'un travail avec la poupée ?

Cette discipline est clairement alternative car en plus de la formation que je vis, dans laquelle je découvre autant sur moi que sur les autres, je crée ma propre discipline. Je m’explique : au cours de ce nouvel apprentissage, mon cursus déjà vécu est en arrière-plan et guide les choix que je fais dans ma façon d’aborder cette nouveauté. Mon goût pour les cultures diverses et leurs points communs est un leitmotiv pour appliquer les principes de ma formation en poupées de soin. En quelque sorte je me laisse guider par l’universalité de l’homme dans ses fonctionnements ancestraux et primitifs pour accompagner les créations de mes consultants.

Un exemple : je peux proposer à quelqu’un de faire un choix de matière pour concevoir sa poupée, une étoffe rose pour la joie, selon une guidance que j’aurai imaginée. Cependant, en cours de session, d’autres facteurs peuvent intervenir dans le vécu que cette personne aura de sa séance, et là il m’appartient ,de façon déontologique pourrais-je dire, de prendre en compte le moment, la personne, son vécu, parfois la saison... pour laisser venir ce qui se présente et accepter que tout ne se passera pas comme planifié : le rose peut signifier la joie et l’amour ; cependant, si pour cette personne cette couleur représente autre chose que ce que j’avais induit, il est impératif d’ouvrir la possibilité de faire autrement et de choisir une matière, une couleur, qui convient davantage.

C’est l’apport de toute ma formation préalable qui induit ma façon de faire et de voir comment j’applique ce que j’apprends en ce moment : c’est l’aboutissement d’une étape professionnelle qui se produit, avant que la suivante puisse voir le jour. Pour mémoire, je peux dire que les poupées de mes débuts sont très différentes de celles d’aujourd’hui.


 
"J’aime beaucoup cette phrase : « L’interprétation est dans l’œil du spectateur », car pour moi, celui-ci lit dans la création des éléments qui le touchent et font résonner son être profond. Ceci crée un lien unique entre la créatrice qui a mis beaucoup d’elle-même dans une production et la personne qui la reçoit, grâce aux éléments de cette production qui vont la toucher personnellement. Ce lien sera différent avec chaque spectateur : c’est une des magies de la création."


Tu crées tes propres poupées pour travailler. Quels matériaux et supports utilises-tu pour sa fabrication ? Quel est le rapport que tu entretiens avec tes poupées ?

Oui, je crée mes propres poupées, ce qui fait partie de ma formation. J’en crée aussi pour le plaisir et parce que certaines doivent être créées, comme une nécessité pour mon évolution personnelle ; en outre, j’adore créer et fabriquer ! J’utilise tout ce qui me parle, que ce soit dans mon atelier ou lorsque je fais une promenade : les matériaux me parlent, me touchent et je sais qu’un jour je vais travailler avec.

En effet, il y a de nombreuses années, j’ai ramassé tout un stock de coquillages dans les Côtes d’Armor, pour le plaisir de le faire et le moment passé près de l’eau, à marée basse. Puis, quelques années après, je suis partie habiter outremer. Là-bas, j’ai commencé à travailler et j’ai rencontré une dame qui m’a demandé de lui faire un mobile (une suspension décorative) pour sa maison, dans un but énergétique, car une étude en feng-shui requerrait une certaine énergie à un endroit clé de sa maison. Sans plus d’information autre que son appartenance culturelle bretonne, j’ai créé un mobile bleu, sur la base de cette couleur en différentes nuances, dont le bleu métallique ; j’ai utilisé les coquillages que j’avais glanés sur cette plage des années auparavant et qui m’avaient suivis dans mon déménagement. La réaction de la dame, à la livraison, a été très surprenante : elle m’a dit que c’était exactement la couleur dont elle avait besoin et que ces coquillages inattendus dans le mobile avec des poupées-fées lui procuraient une sensation très positive. J’ai alors découvert qu’elle devait placer du métal dans cet endroit de la maison et qu’elle était originaire des Côtes d’Armor !

J’ai mis longtemps à réaliser que j’avais travaillé d’un point de vue énergétique et c’est seulement maintenant que je le comprends et que je conçois davantage de le faire en conscience. Avant cela, j’essayais juste de faire coïncider mon univers et celui de la personne commanditaire. Il est très agréable et parfois effrayant, il faut le dire, de voir la réaction des gens face à certaines de mes créations. J’ai oublié qui a dit cela, cependant j’aime beaucoup cette phrase : « L’interprétation est dans l’œil du spectateur », car pour moi, celui-ci lit dans la création des éléments qui le touchent et font résonner son être profond. Ceci crée un lien unique entre la créatrice qui a mis beaucoup d’elle-même dans une production et la personne qui la reçoit, grâce aux éléments de cette production qui vont la toucher personnellement. Ce lien sera différent avec chaque spectateur : c’est une des magies de la création.


Si la poupée est le vecteur de communication, ton rôle est l'accompagnement de chaque personne dans son individualité. D'ailleurs, la confidentialité est une valeur que tu prônes au cours de tes entretiens. Quelles émotions peuvent sortir au cours d'une séance ? 

Oui, mon rôle est effectivement d’accompagner, ce qui est littéralement "être en compagnie de", puisque je suis dans une forme de thérapeutique sans pour autant être médecin : on parle aujourd’hui de tradipraticien et je crois que pour l’instant, c’est le terme qui me plaît le plus. L’individualité est une clé importante de ces séances, car chacun est unique. Cependant, j’aime rappeler l’universalité de notre être au sens de façon d’être, et qui nous permet de ressentir l’effet miroir de nos réactions et de nos vécus : il est confortable de savoir que d’autres ont vécu ou vivent des blessures semblables afin d’intégrer l’idée qu’elles sont solutionnables. C’est pourquoi j’apprécie les séances de groupe, pour les échanges qu’elles occasionnent. Les séances individuelles prennent en compte la pudeur et la timidité du consultant, cependant l’échange me paraît nécessaire, tôt ou tard. Dans tous les cas, la confidentialité et la bienveillance dans laquelle se passent les séances ont une fonction aussi importante que de boire ou manger au quotidien : cela permet de vivre les moments en intégrité maximale.

C’est pourquoi des émotions s’autorisent à sortir au cours de ces séances : du soulagement, de la joie, de la colère, de la tristesse, etc. En sécurité dans un temps et un lieu donné, l’on s’accordera plus facilement une authenticité face à soi-même.


Aujourd'hui tu peux proposer tes séances à ton domicile à Plougastel-Daoulas ou chez la personne. Comment se déroule une séance ? Auprès de quel public interviens-tu ?


À mon domicile, je reçois dans une partie de mon atelier, qui est différent de l’espace privé : je tiens à différencier les deux, par respect pour le consultant et pour ma famille à la fois. Cependant, c’est un espace plutôt limité et les sessions de groupe sont en deçà de mes espérances car en dehors d’accueillir plus de personnes dans une session, je voudrais aussi utiliser une autre pratique qui serait complémentaire à ce que je fais déjà. Il s’agit de ritualiser les acquis d’une séance par la mise en mouvement du corps, à savoir manipuler la poupée, la mettre en scène, jouer avec, etc. , de façon à faire travailler l’inconscient et lui faire acquérir en profondeur le vécu par l’utilisation de l’être entier. Verbaliser quelque chose c’est un premier pas. Pour aller plus loin, c’est le corps qui peut agir.

J’ai plusieurs types de séances que j’ai imaginées comme des protocoles idéaux ; en revanche je me permets de modifier cela si l’atmosphère le nécessite, pour faire court. Je prépare le lieu avant l’arrivée du ou des consultants, ensuite, une séance commence généralement par une méditation guidée et en musique, puis la création commence. Parfois, la poupée peut déjà être préparée à l’avance et parfois, elle est entièrement à faire selon ce que j’ai prévu. Au cours de la séance, j’accompagne la personne dans ce qu’elle aura à faire : choix techniques, partages verbaux, partages émotionnels, silences... Il m’arrive aussi de faire faire une pause pour aller marcher dans la nature et revenir à la séance dans un état d’esprit différent, plus propice à l’avancée. Quand on peut faire plusieurs séances, selon le choix qu’on a fait, c’est souvent à l’initiative du consultant : certaines personnes ont bénéficié d'une ou deux séances, se sont arrêtées là et ont gardé leur poupée, d’autres ont souhaité continuer et travaillent sur la même poupée ou sur une nouvelle poupée. Dans tous les cas, je suis là pour « embrasser » la séance de l’ouverture à la clôture, de façon sécuritaire, et ce, à chaque séance.

Pour information, je crée aussi des poupées sur commande. Cela se fait suite à un entretien précis, issu de ma formation. Il s’agit de créer un personnage pour un commanditaire selon une problématique que celui-ci aura choisie de mettre en avant, par exemple : « Je souhaite que cette poupée puisse me rappeler à chaque instant que… » : « …j’ai de la valeur » ou « …je peux travailler sur ma maladie pour mieux la vivre » ou « … je peux passer à travers ma rupture avec X de façon positive ». Dans ce cas-là, le commanditaire reçoit la poupée une fois finie, et il participe à son utilisation ultérieure dans son chemin de vie en rapport avec la volonté qu’il a mise dans la création de cette poupée, en rapport avec la problématique sur laquelle il a choisi de travailler.


 
"La confidentialité et la bienveillance dans laquelle se passent les séances ont une fonction aussi importante que de boire ou manger au quotidien : cela permet de vivre les moments en intégrité maximale."


Pour développer son activité, il est important de communiquer, d'autant plus que ton activité est méconnue pour le grand public. Comment fais-tu pour te faire connaître ?

Pour le moment, j’ai choisi facebook et quelques manifestations comme des salons et des festivals. J’aime beaucoup les rencontres en direct avec les gens, parler avec eux et leur montrer les poupées que j’ai : il en résulte toujours de beaux moments et l’envie de se retrouver pour travailler ensemble. En ce qui concerne facebook, c’est un outil merveilleux et relativement accessible, bien que très abstrait pour moi. Dans les deux cas, j’ai encore beaucoup de travail pour réussir à concrétiser à l’aide de ces outils. J’ai beaucoup aimé ce que Femmes de Bretagne propose comme réseau et outils de communication et ce que j’en ai découvert, même après un peu plus de 2 ans de présence dans le réseau puisque je suis adhérente seulement depuis peu et que la communication est un peu une gageure pour moi, de même que certains aspects de la technologie.

Pour finir, je  voudrais ajouter que je suis assez fière de mon site web, car encore une fois, certains outils électroniques sont intimidants pour moi : avec quelques conseils d’une amie plus au fait, j’ai imaginé une identité thématique qui fait comme un fil rouge sur les différentes pages, et j’ai rédigé des textes qui m’ont paru les plus honnêtes par rapport  à mon vécu vis-à-vis de mon travail. Une autre amie m’a traduit tout cela en anglais et je veux qu’il soit accessible aussi dans cette langue. Je dois encore passer du temps à cela et c’est encore à faire. Dans tout le contenu du site web, c’est un grand plaisir de pouvoir lire notamment la page des Témoignages, car chacun me ramène à la séance en question et c’est très gratifiant d’avoir pu être une aide, une présence pour toutes ces personnes qui ont travaillé sur elles-mêmes de façon si volontaire.


Femmes de Bretagne est un réseau professionnel qui aide les femmes à se lancer, comme toi. Que t'apportent les rencontres de Femmes de Bretagne ? Que cherches-tu au sein du réseau ?

Apparemment j’ai anticipé cette question et j’y répondrai plus précisément avec plaisir. Lorsque j’y suis rentrée, ce réseau a été une façon d’être moins isolée, notamment parce que je travaille chez moi la plupart du temps. Puis j’ai apprécié les échanges que j’ai trouvés sur la page facebook du groupe, sur laquelle j’ai bénéficié de conseils et sur laquelle j’ai pu contribuer à des demandes lorsque je le pouvais. Aujourd’hui, j’ai pris le temps d’aller à des rencontres et des ateliers, et je vois le pouvoir de ce partage qui existe au sein du réseau et c’est incroyablement géant ! C’est pourquoi, à ce jour, après quelques expériences au sein de ce creuset d’émergences diverses, je pense que l’immense succès de ce réseau a malgré lui fait un bond et je suis admirative du fait que ce soient des bénévoles qui gèrent cela. Je trouve ahurissant que des femmes aient aussi du temps à donner en cette quantité pour qu’un tel échange soit possible. Je remercie toutes ces femmes qui rendent cela possible et je souhaite qu’elles trouvent des compétences parmi leur propre réseau pour optimiser et alléger la charge dès que possible, car vu la qualité de l’esprit qui règne, je crois que cela va prendre encore plus d’ampleur, Mesdames. Ce que je recherche dans ce réseau est déjà en grande partie présent.


Pour te contacter (autre chose ?)

Site web 
Page Facebook 

06 35 14 04 14 (message si occupée)
brigha.poupee@gmail.com

Merci beaucoup pour cet entretien : je veux dire que cela m’a aussi permis un recul sur mon travail, par une mise en perspective et une relecture de mes souhaits quant à ce que je veux en faire.



 
Un entretien réalisé par la Plume Aurélie Bégat,
rédactrice web (29)
Article rédigé par :
Aurélie Bégat. -