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Jeudi, Décembre 28, 2017

Chloé Kermorvant, décoratrice chez « Nuances Des Iles » à l’île de Houat (56) : "Je crois qu'il faut être bien entouré et ne pas oublier que, chaque fois, il faut prouver par son travail ce que l'on vaut."

Située au large de Quiberon dans le Morbihan, entre Belle-Île et Hoëdic, l’île de Houat, un des joyaux des Îles du Ponant, est un espace naturel magnifiquement préservé où vivent à l'année environ 250 habitants, chiffre qui se trouve parfois multiplié par 10 lors de la saison estivale. C'est dans cet endroit magique que réside la discrète et attachante Chloé Kermorvant, jeune insulaire de 33 ans, fondatrice de « Nuances Des Iles », nom qui lui correspond à merveille. Posée, elle me raconte avec modestie et simplicité son travail de décoratrice, mais aussi avec amour « son caillou » et son rêve réalisé avec sa famille.

Parcours d'une jeune îlienne dont la particularité est d'avoir vécu autant sur le continent que sur son « caillou ». Trajectoire atypique d'une jeune femme de Bretagne dont les parents, Claire et Pierre-Yves seraient aujourd’hui très fiers, eux qui à leur époque déjà ont su montrer que l'alliance du continent et de l’île est une richesse incomparable.

Chloé réussit à enchanter les intérieurs des jolies maisons de l’île et parfois du continent, grâce à son goût délicat et exquis, son talent incontestable, sa capacité évidente à se perfectionner en permanence et son réel professionnalisme.





Peux tu me raconter ton parcours peu courant, puisque tu es issue de l’union d'une mère continentale et d'un père insulaire ?

Oui, je suis originaire de Houat, j'ai toujours voulu être décoratrice d’intérieur. Mais j'ai commencé par suivre une formation de peintre en bâtiment à l'AFPA (Association pour la Formation Professionnelle des Adultes) de Lorient. J'habitais Bignan, je suis donc entrée dans un univers plutôt masculin. Avant j'avais fait une année d’études aux Beaux-Arts de Quimper et une faculté d'Arts Plastiques.

Quand j'ai obtenu mon CAP de peintre, j'ai tout de suite obtenu un CDI. Durant 10 ans j'ai alors travaillé dans une petite entreprise qui avait pour clientèle des particuliers, mais c'est un métier où il ne faut pas avoir de soucis de santé, j'ai donc réfléchi à une autre orientation.


Comment es-tu revenue sur Houat ?

Régulièrement, j’y venais en vacances avec ma famille ; à chaque départ, nous étions tristes de repartir. Hugues, mon mari, a également des liens familiaux sur Houat, donc on se disait que ce serait bien de venir y vivre avec nos enfants. Mais il fallait que l’on trouve tous les deux du travail et un logement.



"Sur l’île il y avait un peintre en bâtiment : Paul Le Boulaire. Mais il était résident sur le continent. C'est lui qui m'a encouragée, d'autant qu'il avait presque trop de travail. Il m'a prise « sous son aile » : ici tout le monde avait confiance en lui. Au début les clients se méfiaient, mais c'est normal, il ne me connaissaient pas vraiment.

Nous avons alors travaillé ensemble, Paul et moi. C’est ainsi que je me suis faite connaître professionnellement sur l’île. Paul voulait arrêter et « passer la main », je suis arrivée au bon moment en 2015."


As-tu eu des craintes ?

Oui, sur le continent nous avions chacun un CDI donc c'était un pari risqué. Hugues a été embauché, comme salarié lui aussi, par la compagnie des bateaux qui font les rotations. J’ai donc pu être plus sereine. Et des logements venaient d’être construits, donc on a pu s'installer.



Qui t'a aidée ?

Sur l’île il y avait un peintre en bâtiment : Paul Le Boulaire. Mais il était résident sur le continent. C'est lui qui m'a encouragée, d'autant qu'il avait presque trop de travail. Il m'a prise « sous son aile » : ici tout le monde avait confiance en lui. Au début les clients se méfiaient, mais c'est normal, il ne me connaissaient pas vraiment.

Nous avons alors travaillé ensemble, Paul et moi. C’est ainsi que je me suis faite connaître professionnellement sur l’île. Paul voulait arrêter et « passer la main », je suis arrivée au bon moment en 2015.






Comment es-tu parvenue à monter ta propre entreprise ?

On m'a souvent sollicitée afin que je donne un avis sur la décoration… sans doute parce que les gens pensaient qu'une femme saurait… J'ai commencé à donner mon avis et le bouche à oreille a fait le reste. Je crois que les clients ont senti que j'adorais çà : choisir les luminaires, amener de la couleur sur le linge de lit...


Quels services proposes-tu exactement ?

Je refais des pièces intérieures. Je crée aussi des coussins, des rideaux… Mon carnet de commandes est plein : je ne m'y attendais pas.

Et puis j'ai eu envie d'apprendre à coudre. C'est une autre insulaire, Véronique Le Gurun qui m'a donné des cours de couture. En ce moment je vais sur Lorient me perfectionner.


Tu as créé notamment des coussins assez originaux… Quels en sont les prix ?

Je brode sur les coussins mon île ; mais aussi celle de Belle-Île, et de d'autres îles, à la commande (la Guadeloupe par exemple). Un coussin coûte 40€.




Quels sont les avantages et les inconvénients sur Houat ?

Je me déplace à pied très facilement ici. Un autre avantage : je suis la seule sur mon secteur d'activité… Une autre îlienne fait, elle, les chantiers extérieurs, car c'est devenu trop physique pour moi.

Quant aux inconvénients, c'est principalement le prix : tout transite par bateau, donc tout est plus cher.


Pourquoi avoir appelé ta micro-entreprise « Nuances des Îles » ?

Je cherchais et c'est ma meilleure amie qui a suggéré ce nom...


Qu'ont pensé tes proches lorsque tu leur as partagé ta décision de revenir ici ?

Ma mère a eu peur ; c'est normal car elle a réagi en tant que maman. Pourtant elle avait fait le même choix que moi lorsqu’elle est arrivée ici... Mais elle ne m'a pas dissuadée.





Toi qui as habité sur le continent, comment vis-tu le fait d'être installée sur cette île ?

Tu sais aujourd'hui, il y a Internet, mais aussi des bateaux plus sûrs.
J'ai vécu en ville, à la campagne, puis ici : je m'adapte facilement aux contraintes.
On part régulièrement en week-end avec les enfants, pendant les vacances on les emmène au cinéma, à la piscine… Et puis on a des amis ici : on est un petit groupe de trentenaires, donc on n'est pas seuls.


Houat est un village très petit, le regard des autres est-il facile pour toi ? Qui sont tes clients ?

J'ai appris à me protéger, à me détacher : quand je travaille, je sais faire la part des choses. Un client a une demande, j'y réponds, je n'ai pas à commenter.

Mes clients sont aussi bien des houatais que des résidents secondaires.


Quelles sont pour toi les qualités nécessaires d'un chef d'entreprise dans ton secteur?

Il faut être sûr de soi (même si je doute souvent), avoir de l'expérience, être perfectionniste, je crois qu'il faut être bien entouré et ne pas oublier que, chaque fois, il faut prouver par son travail ce que l'on vaut.




Où peut-on te trouver ?

J'ai une page facebook ; je peux faire des envois via La Poste ; et bientôt je disposerai d’un site web.


Que penses-tu du réseau Femmes de Bretagne ?

Je ne connaissais pas auparavant, mais c'est une excellente idée. Je vais m'y intéresser de plus près, c'est sûr.


Précision : Chloé expose  quelques coussins chez "Akoa tu penses ?" au 21, rue Emile Burgault à Vannes (portrait que j'avais eu la chance de réaliser en décembre 2016)


« Nuances des îles »
56170 Île de Houat
06.60.50.72.61
Page Facebook



Une interview menée par la Plume Dominique Thiam,
fondatrice de La Boîte à Méthodes (56)
Article rédigé par :
Dominique Thiam. -