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Dimanche, Septembre 3, 2017

Charlotte Méry, navigatrice (56) "Plus qu’une course, je voyais en ce projet l’occasion de me réaliser, de me dépasser, d’aller confronter mes limites. C’était pour moi un voyage initiatique. Aujourd’hui c’est quasiment devenu un projet entreprenarial..."

Le sourire aux lèvres, Charlotte Méry dégage une vraie détermination, doublée d'une douce simplicité. Un joyeux cocktail qui lui réussit, car voilà qu'elle s'apprête à traverser l'Atlantique, lors de la course du Mini Transat dont le top départ sera donné le 1er octobre prochain ! Un sacré défi, qu'elle réalisera en arborant les couleurs de Femmes de Bretagne. Interview d'une aventurière qui a choisi de déplacer vents et marées pour réaliser son rêve ! 


Bonjour Charlotte, tu t'apprêtes à traverser l'Atlantique en solitaire sur un bateau de 6,50m lors du mini Transat... Tout d'abord, peux-tu nous présenter ton projet en
quelques mots ?


Mon projet est une aventure humaine, sportive et entreprenariale. J’avais un rêve depuis 10 ans : participer à la Mini Transat, une course transatlantique en solitaire sur un bateau de 6,50m sans assistance et sans communication avec la terre. Cette course existe depuis 40 ans cette année, elle a lancé de nombreux marins célèbres. Quand j’ai eu vent de cette aventure, jamais je n’aurais pensé pouvoir être un jour l’un d’entre eux. Tous les deux ans, quelque 80 marins s’élancent sur l’Atlantique, et cette année, pour la quantième édition, je serai de la partie. Après mes études et quelques années de dériveur à haut niveau, j’ai décidé de réaliser de ce rêve, de me mettre au défi. Pour participer à la Mini Transat, de dures qualifications sont obligatoires.


 


Qu’est-ce qui t'a amenée à devenir une sportive de voile en haut niveau ?

L’envie de faire la Mini Transat dès mes 16 ans m’a amenée à naviguer de plus en plus. Par le hasard des rencontres, la championne de France de 420 (dériveur double pour les juniors) m’a proposé de devenir son équipière en 470 (discipline olympique). Plus que les compétences, j’avais un super gabarit et surtout j’ai su dire oui, alors que tous les voyantsrationnels étaient au rouge. C’était clairement m’engager sur un chemin incertain et difficile mais tellement formateur.


Parallèlement, tu as aussi mené des études en communication à Sciences Po Paris... Endosser ces deux "casquettes" semble relever du challenge : Comment es-
tu parvenue à tout mener de front ?


 Sciences Po, j’ai pu bénéficier d’un équivalent de licence aménagée pour le sport. C’est l’une des rares écoles de l’enseignement supérieur à proposer une formation dédiée et aménagée pour les sportifs de haut-niveau. Ainsi, pendant 3 ans j’ai pu concilier études et sports de haut-niveau, sans pression. Ensuite, pour le master c’était plus compliqué, je devais être à temps plein dans les études car il n’y avait pas d’aménagement possible. J’ai donc raisonnablement décidé d’arrêté la voile à haut-niveau pour me consacrer pleinement à mes études, avant de repartir de plus belle à la fin de mon master.

Pour tout mener de front, j’ai donc posé des choix en fonction des priorités du moment. Parfois, ça a été compliqué. Par exemple, l’an dernier je n’ai pas pu me rendre à mon Grand O (oral de fin d’étude) car la veille, je venais de poser pied à terre après 5 jours de course et le dos bloqué. Bref, j’ai obtenu une dérogation in extremis pour le passer 3 mois plus tard... Je ne faisais pas la maligne.


 
"je crois qu’à un mois du départ et après deux années de préparation, je ne retiens que les aspects positifs de cette aventure. Que ceux qui m’ont aidée à me construire. L’échec en fait assurément partie. L’important est seulement de se relever. Plusieurs fois j’ai voulu abandonner, et puis j’ai sondé le fond de mon cœur et j’ai réalisé que je m’étais engagée envers moi-même avant tout, alors je me devais d’aller au bout. Ensuite, je pourrai lâcher prise, quand j’aurai accompli ce rêve."


Comment t'est venue l'envie de traverser l'Atlantique en solitaire ?

Vers 14 ans, j’ai découvert le métier d’architecte naval. J’ai tout de suite voulu faire ce métier. J’étais jeune et rêveuse et j’idéalisais complètement ce métier, pensant que l’architecte dessine et navigue. Je me disais : quel pied ! Cette envie est restée jusqu’à la fin du lycée. C’est donc en m’intéressant à la voile que j’ai découvert la course au large et finalement la Mini Transat. Participer à cette course était devenu pour moi une obsession, je cherchais à naviguer dans ce seul objectif. Plus qu’une course, je voyais en ce projet l’occasion de me réaliser, de me dépasser, d’aller confronter mes limites. C’était pour moi un voyage initiatique. Aujourd’hui c’est quasiment devenu un projet entreprenarial...


Ce projet exige une préparation physique et mentale... Comment prépare-t-on une telle traversée ?

En mettant les mains dedans ! Une bonne forme physique est nécessaire pour aller affronter un océan en solitaire. Les bateaux sont rudes et le confort à bord est inexistant.

S’entretenir à terre est donc essentiel, mais je suis également très vigilante au niveau de mes postures en navigation afin de ne pas me blesser sur le long terme. Côté mental, il faut rester constant. Il n’y a pas de meilleure préparation que d’aller en mer. Je ne m’entraîne pas à dormir par siestes de 20 minutes sur la terre ferme. En revanche, une fois en mer c’est instinctif, je dors très facilement, enchaînant les siestes intercalées par des réglages ou des manoeuvres. Pendant le sommeil, si je sens que mon bateau change de comportement, je me réveille alors même que le réveil n’a pas sonné. Je n’ai pas d’enfants, mais souvent je compare cet instinct à celui de la jeune mère qui écoute même pendant son sommeil son enfant, qui instinctivement se réveille pour le nourrir ou le changer, quand bien même le nourrisson n’aurait pas pleuré.


 


Pour cette traversée, tu as choisi non pas un bateau de série mais un bateau prototype... Peux-tu nous présenter ce bateau ? Pourquoi ce choix ?

C’était pour mois un challenge de plus. Quand j’ai découvert le Mini 6,50 il y avait surtout des prototypes, c’était pour moi logique de courir en prototype même si ces bateaux sont plus durs et plus exigeants.



Quelles sont les étapes passées et à venir avant le grand départ en octobre prochain ?

Je termine les derniers préparatifs du bateau, de la pharmacie, de la nourriture et de la navigation. Le dernier mois s’annonce très dense, je vais devoir m’organiser au mieux pour tout gérer. En parallèle des aspects inhérents à la course je cherche encore des partenaires pour boucler mon budget, j’ai gardé un bel espace sur la coque pour les sponsors audacieux !


Pour financer ton aventure, tu démarches également des partenaires...

Je suis partagée. Avant de démarcher des partenaires, je pensais que ce serait relativement simple. Je terminais Sciences Po, j’avais un bon niveau en voile, je pensais
alors orgueilleusement qu’un tapis rouge se déroulerait devant moi. Finalement, j’ai essuyé un premier gros échec. J’ai signé l’achat du bateau avant d’avoir la réponse
(négative) d’un potentiel sponsor en qui je croyais beaucoup. Du coup je me suis retrouvée engagée dans un gros achat, sans le sou. Le temps de faire les démarches de la vente, j’ai trouvé un premier partenaire Optigestion, qui est aujourd’hui mon partenaire principal. J’ai eu deux mois de stress. Mais je n’ai jamais quitté mon optimisme car je croyais en moi et en mon projet. Aujourd’hui je cherche encore 15 000€ pour boucler mon budget. Il me reste un mois... Je garde espoir !





Ce travail préparatif se rapproche fort d'une démarche d'entrepreneure... Comment vis-tu cette expérience ? Comment parviens-tu à surmonter les difficultés lorsqu'il
y en a ?


Toute cette aventure, depuis ses prémices jusqu’à aujourd’hui ressemble en effet fortement à une aventure entreprenariale. Il a fallu déjà se lancer, se dire « j’y vais ! », je m’engage pour 2 ans pour aller au bout de l’Atlantique ! C’était le premier pas, ce n’était pas le plus dur, mais certainement le plus important. C’était le pas nécessaire pour prendre mon élan, pour aller de l’avant, pour faire me mettre en marche finalement. Ensuite, ça a été le début des galères. J’avais commencé à écrire pour mon site, pour me mettre dans le bain avant d’aller démarcher des premiers partenaires. En parallèle, j’étais en seconde année de master à Sciences Po. Je n’avais pas trop la tête dans les cours... En quelque sorte, je montais mon business plan, mon budget prévisionnel pour les deux années à venir, les postes de dépenses, mais aussi ma stratégie de vente. Comment finalement je peux embarquer des partenaires qui souhaitent vivre l’aventure avec moi
alors que lors de ma course je n’aurai aucune communication possible avec la terre ? 
 l’heure de la communication à outrance, comment vendre une aventure de loup solitaire ?

Je me suis rendue compte que l’aventure était déjà là, qu’elle ne se cantonnait pas à la Mini Transat, mais qu’elle commençait dès lors que j’avais mis un pied devant l’autre. J’ai donc proposé à mes partenaires de vivre un engagement, certes risqué mais maîtrisé. Je leur ai proposé de partager des valeurs qui sont souvent communes au monde de l’entreprise : dépassement de soi, prise d’initiatives, gestion du risque, engagement, ambition, et humilité. J’ai rencontré un premier potentiel gros partenaire. L’entretien s’était très bien passé, la direction de la communication était emballée. Je pensais que l’affaire était dans le sac, j’avais reçu un mail élogieux à propos de ma présentation et de mon dynamise. Alors j’ai foncé : j’ai fait une promesse d’achat pour un bateau, certaine d’avoir mon budget pour les deux années. Et puis 2 semaines après, ça a été la claque. L’entreprise tant espérée avait décidé de garder sa stratégie sur le foot et de ne pas se disperser dans d’autres sports... Première galère, première erreur. Deux mois après, Optigestion, mon premier et principal partenaire s’engageait dans le projet. Super rencontre avec la direction, c’était parti pour deux ans. Mais il me manquait alors encore 60% du budget. J’ai continué, et aujourd’hui j’ai trouvé 65% du budget. Bref, les sous, c’est vraiment le nerf de la guerre.

Les autres difficultés ont été maritimes. La découverte du large, la gestion de la solitude, de la performance H24 pendant plusieurs jours... J’ai rencontré beaucoup de difficultés, essuyé beaucoup d’échec, beaucoup de portes se sont fermées... Mais je crois qu’à un mois du départ et après deux années de préparation, je ne retiens que les aspects positifs de cette aventure. Que ceux qui m’ont aidée à me construire. L’échec en fait assurément partie. L’important est seulement de se relever. Plusieurs fois j’ai voulu abandonner, et puis j’ai sondé le fond de mon cœur et j’ai réalisé que je m’étais engagée envers moi-même avant tout, alors je me devais d’aller au bout. Ensuite, je pourrai lâcher prise, quand j’aurai accompli ce rêve.


Dans cette approche, tu t'es reconnue dans Femmes de Bretagne. Que penses-tu de ce réseau ? Comment l'as-tu connu ? Qu'est-ce qui t'a donné envie de porter les
couleurs de l'association durant ta course ?


J’ai découvert Femmes de Bretagne sur Twitter. Ce réseau me donne des ailes, de l’énergie ! Je garde un merveilleux souvenir du baptême du bateau en mai 2016. Il y avait une centaine de filles sur le quai. On a eu du mal à casser la bouteille sur l’ancre. On s’y est repris une bonne vingtaine de fois. Puis après avoir carrément tordu l’ancre, je suis allée emprunter une ancre en acier à mon voisin de ponton. Le bateau était enfin baptisé !

J’ai décidé de porter les couleurs de cette association car finalement je me suis reconnue en toutes ces femmes. Comme elles, j’ai dû tout d’abord convaincre mes proches de faire cette aventure alors certains d’autres projets pour moi (avoir un CDI par exemple !). Ensuite j’ai dû communiquer, faire un business plan, rencontrer des partenaires, lever des fonds, découvrir les joies de l’administration, du RSI, me faire courser par l’URSAFF, sans compter tous les aspects techniques du projet : préparation du bateau, formation météo, électriques, stratification... J’ai appris mille métiers pour faire ce projet !


 


Nous voilà à 1 mois de la date du départ.. Comment te sens-tu aujourd'hui ? Quelle est ta philosophie de vie ?

Aujourd’hui, j’ai déjà une victoire à mon actif : celle de pouvoir m’aligner sur la ligne de départ de cette course mythique. Ensuite, arriver de l’autre côté constituera une seconde victoire. Le classement ce n’est que du bonus. Même si je vois le potentiel de figurer dans les 10 premiers de ma catégorie, je ne me mets plus de pression sur la performance. Je vais essayer de prendre du plaisir, de savourer chaque instant, d’être dans le moment présent.


Pour te soutenir dans cette belle aventure Mini Charlotte, chacun peut aussi faire un don... 

Hier ma grand-mère est venue depuis la Mayenne pour voir mon bateau. Elle a 91 ans. Elle est venue avec mon grand-père qui lui en a 93. Je trouve que ça c’est le plus beau des soutiens. Il y a évidemment la partie plus terre-à-terre, la partie financière... Je cherche encore des petits partenaires pour m’aider à boucler le budget. Il me manque 15 mille euros. Je serai très heureuse de partager cette aventure avec encore une ou plusieurs entreprises ! Si vous connaissez une entreprise qui partage les valeurs de la course au large (Humilité, dépassement de soi, gestion du risque, innovation, solidarité, rigueur...), faites passer le mot. Enfin, je laisse la possibilité à des particuliers de faire un don. Je dis souvent qu’il n’y a pas de petit don. Chaque euro compte. Pour embarquer c’est par ici : https://www.leetchi.com/c/projets-de-mini-charlotte


Comment te suivre et te soutenir aujourd'hui ainsi qu'au fil de ton aventure ?

J’ai un site que j’alimente très souvent par des articles, des photos, des récits de mer : www.minicharlotte.com.

Je publie également très régulièrement sur ma page Facebook Mini Charlotte et sur mon compte Twitter @charlotte_mini ! Suivez l’aventure pour être au courant des dernières actualités ! Je suis toujours très contente de voir que le projet touche des personnes différentes, et qu’il peut inspirer des femmes et des hommes dans leurs projets personnels et professionnels ! C’est réellement un plaisir et pour moi une belle source de motivation.
Je me sens moins seule dans mon projet :-)


Merci à toi Charlotte pour ce partage et plein de succès à toi dans ton aventure !



 
Un entretien mené par la plume Virginie Le Gall,
experte en blogging et blogueuse pour Mamezell' en Finistère
Article rédigé par :
Virginie Le Gall. -