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Dimanche, Septembre 24, 2017

Émilie Kersanté, Mon panier en cordes (56) : « Si je n’avais pas parlé de mes créations à Femmes de Bretagne, peut-être que je ne les vendrais pas aujourd’hui »

S’il fallait encore prouver le bien-fondé de Femmes de Bretagne, on conseillerait de lire en boucle ce portrait d’Émilie Kersanté. L’entrepreneure morbihannaise a créé Mon panier en cordes, encouragée par les retours positifs, lors d’une rencontre mensuelle à Ploërmel. Enthousiasmée par un lancement prometteur, cette créatrice d’objets en cordes de coton, teints naturellement avec les plantes de son jardin, confie sa passion créative, son perfectionnisme et sa soif de rencontres humaines. 

 


Elle hésite sur une seule réponse. Le temps passé à concevoir ses « objets pratiques et décoratifs » ? Assise face à sa machine à coudre, Émilie Kersanté trône entre une étagère encombrée de ses réalisations et un mobilier chargé de fournitures, bobines et outillage. L’artiste loquace se lève. « Je ne sais jamais répondre à cette question ! », s’excuse-t-elle. Avant de se justifier : « il y a tellement d’étapes diversifiées, et je fais tout moi-même ». Cette « Femme de Bretagne » morbihannaise fabrique des ustensiles en cordes de coton, qu’elle commercialise sous la marque Mon panier en cordes. Après quatre mois d’activité, elle propose une gamme qualitative et évolutive. Et s’adapte aux demandes sur-mesure. De sa caverne de créatrice, la Bretonne extirpe quelques modèles. « Il y a le support déco, pour poser une théière ou une plante. Mais aussi le petit bol, idéal pour la salle de bain. Ou le mini couffin, la boîte, le cache-pot, le grand panier, la corbeille », énumère-t-elle. Elle s’empresse d’ajouter : « Mais l’idée, c’est que les acheteurs s’approprient mes créations. Je ne fais que les conseiller ! »

 
« Depuis toute petite, j’ai toujours bricolé. Mon père m’a toujours dit que je tenais cela de sa maman, que j’ai peu connue. Elle était autodidacte et débrouillarde. »


Des conseils que l’on se plairait à suivre, tant la professionnelle raconte son quotidien avec passion. Elle achète une « corde de coton de qualité » sur un site internet allemand. Puis s’atèle aux teintures, faites maison, à partir de plantes de son jardin. Elle récolte les végétaux, réchauffe, fait bouillir, laisse refroidir, filtre, ajoute un mordant, et immerge la corde. Puis lave, rince « jusqu’à l’obtention d’une eau claire pour éliminer les résidus, évacuer le trop plein de couleur et les excédents de mordant. » Enfin, elle laisse sécher. Elle assemble, s’applique sur les finitions, découpe son cuir et fabrique ses étiquettes. Le tout « à l’instinct, à l’œil ». Sans recette, ni patron. De quoi mettre en évidence un talent certain. Émilie Kersanté propose son explication : « Depuis toute petite, j’ai toujours bricolé. Mon père m’a toujours dit que je tenais cela de sa maman, que j’ai peu connue. Elle faisait tout elle-même, elle était autodidacte et débrouillarde. »

 


Le velux entrouvert, qui surplombe l’atelier improvisé dans un couloir à l’étage, ne filtre pas le chant des oiseaux. Un fil électrique et la cime d’un arbre majestueux, en guise de vue, suffisent à l’entrepreneure de Saint-Servant pour se plonger dans ses souvenirs heureux et fondateurs : « Concevoir de mes mains, c’est un besoin vital. Avant ma grossesse, cela devait bouillonner en moi. Car ça a rejailli à ce moment, je me suis cultivée un jardin mandala et remise à la couture. » Ce sont d’ailleurs des portraits de sa fille qui ornent les parois de sa manufacture de fortune. À côté, une œuvre de la photographiée, estampillée d’un « Mon premier bonhomme », zyeute un bouquin précieux, Le guide des teintures naturelles. Car en attendant de se former, Émilie Kersanté y puise des pistes. « La chimie naturelle des plantes, c’est complexe », confie-t-elle. Alors elle teste. Pelures d’oignons pour obtenir un jaune orangé. Orties, eucalyptus, fougères pour une gamme de verts. Écorces de bois de campêche pour le violet. Aussi, liserons, œillets d’inde. « Et je n’ai pas encore expérimenté les plantes du printemps », s’impatiente déjà la cheffe d’entreprise créative, qui prévoit aussi de planter « un jardin expérimental de plantes tinctoriales, pour y introduire d’autres variétés comme la garance, réputée pour sa teinte rouge. »

 
« Arrêtons de nous poser des questions. Si un sujet est maîtrisé techniquement, le reste se travaille. Je n’étais pas à l’aise sur le plan commercial. Aujourd’hui, je n’ai plus de scrupules, c’est un plaisir. »


Émilie Kersanté est bavarde. Parce qu’elle est passionnée. Et qu’elle se trouve « à sa place ». Ça n’a pas toujours été le cas. Il y a encore quelques mois, elle bataillait à signer ses devis, en tant qu’infographiste indépendante, spécialisée en paysage, « Jardigraf’ ». C’est suite à un licenciement économique, en janvier 2015, que la jeune femme se lance dans cette précédente aventure entrepreneuriale. En février 2016, elle démarre, accompagnée par une coopérative d’activité et d’emploi (CAE), à Lorient. « J’avais peur de m’engager, besoin de tester mon activité », justifie-t-elle. Mais elle traîne à prospecter. Sans engouement pour une activité, qui pourtant lui plaît, et qu’elle maîtrise techniquement, forte de huit années d’expérience en tant que salariée.  L’année de test auprès de la CAE s’écoule. Ses résultats ne sont pas satisfaisants pour y rester. Elle s’envole à son compte, en avril 2017. Et voilà qu’une amie lui parle de Femmes de Bretagne. « J’ai donc assisté à une rencontre à Ploërmel. Pour présenter mon métier d’infographiste, mais j’avais aussi amené quelques paniers, une idée qui me trottait dans la tête depuis un an. » Pour une première démonstration en public, les réactions sont encourageantes. « On m’a parlé du salon Rêves de Créateurs, à Vannes. Ca m’a boostée ». Effectivement. Dans la foulée, la Morbihannaise immatricule Mon panier en cordes, puis candidate au salon. Elle est retenue. « Si je n’avais pas parlé de mes créations à Femmes de Bretagne, peut-être que je ne les vendrais pas aujourd’hui », remercie-t-elle.


 


Pour l’association, elle éprouve donc énormément de reconnaissance. « C’est chouette. On y fait des rencontres, c’est entraînant, cela crée une dynamique. Ca fait un bien fou d’avoir de bons retours et de sentir que l’on peut intéresser les gens. Aussi, on se sent moins seules, on peut se donner des coups de pouce. Car on croise toutes les mêmes problématiques. » Donc à son tour, d’entraîner celles qui osent moins, dans son heureux sillon. « Il est impératif de s’écouter, se faire confiance. Arrêtons de nous poser des questions. Si un sujet est maîtrisé techniquement, le reste se travaille. Je n’étais pas à l’aise sur le plan commercial. Aujourd’hui, je n’ai plus de scrupules, c’est un plaisir. » Elle fait une pause et constate : « C’est dingue que je dise cela, avant je l’entendais autour de moi ! »

 
« Sur les marchés, les gens me félicitent. Je me sens utile. C’est une reconnaissance professionnelle que je ne connaissais pas. C’est limite déstabilisant. »


Au lendemain de sa première saison estivale, Émilie Kersanté dessine un bilan satisfaisant. « J’ai participé à cinq marchés. Je suis enthousiaste, les ventes m’ont permis d’amortir les frais d’inscription, mes achats de fourniture, les loyers dans les boutiques. Je suis confiante pour l’avenir. » Sur sa to do list imaginaire, elle planifie, avec envie, trois marchés de Noël, et y ajoute des boutiques de créateurs à contacter. Elle imagine de futurs partenariats et lorgne sur les épiceries en vrac susceptibles d’être intéressées par ses contenants. De ses doigts de fée sortiront bientôt des bijoux et une collection de sacs. Des idées fourmillent, comme le travail de la corde de chanvre. « Quant tu es créatrice, tu dois innover en permanence », convainc-t-elle. De quoi réjouir une clientèle déjà séduite. « Sur les marchés, les gens me félicitent, c’est gratifiant. Les échanges sont riches, leur intérêt est sincère, je me sens utile. C’est une reconnaissance professionnelle que je ne connaissais pas. C’est limite déstabilisant. »

Son secret ? Proposer un produit de qualité, fait maison, naturel, et aux finitions parfaites. Mais aussi être à l’écoute et transmettre son savoir. Une complémentarité qui lui manquait dans sa « vie d’avant ». « J’ai besoin de créer avec mes mains et d’avoir un contact humain », résume-t-elle. Et c’est ce qu’elle expérimente, professionnellement, avec Mon panier en cordes.
Déjà deux heures se sont écoulées. C’est que le témoignage est passionnant et inspirant. De quoi compatir avec notre artiste morbihannaise et son joker posé sur la question : « Combien de temps passes-tu sur une création ? » 
À Saint-Servant, le temps est fuyant.


Pour contacter Émilie Kersanté :
06 40 44 53 82
contact@jardigraf.fr

Profil Femmes de Bretagne
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Boutique Etsy



 
Un entretien mené par la Plume Léonie Place,
rédactrice de contes de faits chez Scribeuse (56)
Article rédigé par :
Léonie Place. -